Le triangle d'or

  Récit de voyage

 Le triangle d'or
StéphaneSabrina

Nous nous levons à 6h30 car le mini-bus doit passer entre 7h et 7h30 mais il arrive avec un quart d'heure de retard. Nous voulions une bonne place, raté! Nous sommes les avant-derniers et il ne reste que les places arrières. Je peste plus ou moins intérieurement et, lorsque nous nous arrêtons aux sources d'eau chaude, je me dis que demanderai au guide s'il est possible de changer de place chacun son tour afin que ce ne soit pas toujours les mêmes au fond. En attendant, nous photographions le petit geyser d'eau chaude ainsi que le petit bassin où des femmes font cuire des oeufs dans de petits paniers qu'elles plongent dans l'eau. A proximité, deux statues , l'une de Ganesh, l'autre d'une femme aux long cheveux, se prêtent à notre séance photo. Un peu plus loin, derrière un énième commerce se trouve une sorte de statue informe dorée sur une petite colline artificielle d'où coule une petite cascade d'eau chaude qui arrive dans un bassin où l'on peut tremper les pieds.

En revenant au mini-bus, je pose la question au guide pour les places et il me répond que normalement, il ne le fait pas. Le "normalement" me fait douter, le fera-t'il ou non? J'insiste en ajoutant que la veille nous avions eu les mêmes places et qu'elles sont inconfortables. Il me répète la même phrase. En reprenant ma place, je pense déjà aux remarques que je ferai sur l'enquête de satisfaction donnée à la fin du voyage. Malheureusement, il n'y en aura pas. Nous repartons pour le Temple Blanc , Wat Rong Khun, recouvert de peinture blanche et de bouts de miroir pour symboliser la pureté du bouddhisme et la réflection de l’illumination. Il est presque éblouissant les jours de beau temps tellement il est blanc et ses ornementations extérieures, le plus souvent pointues, ne se retrouvent nulle part ailleurs. En sortant du mini-bus, nous remarquons des plots au bord du trottoir avec des crânes rouges plantés dessus , une indication qu'il vaut mieux éviter de stationner ici pour garder un bon kharma. Nous retrouvons deux motifs similaires un peu plus loin une mise en garde claire contre respectivement: les méfaits de la cigarette et de l'alcool (représenté ici par une bouteille de whisky). Dans un arbre, nous apercevons des têtes suspendues , les visages sont sculptés dans du bois et les cheveux sont végétaux. Puis, en avançant un peu, une autre énorme "statue" dorée avec une vasque à hauteur d'homme. C'est impossible à prendre en photo correctement, sans personne devant. Nous finissons par abandonner et avancer, nous n'avons que 40 minutes en tout pour la visite.

Nous arrivons ensuite au pied d'une passerelle , toute blanche elle aussi, qui mène au temple. A son pied, des mains moulées semblent sortir de terre , certaines portant même des crânes. Nous avons presque l'impression que des gens ont été enterrés vivants. Après avoir traversé la passerelle, nous remarquons le panneau no photo à l'entrée du temple, zut! Nous enlevons nos chaussures pour entrer et nous remarquons un grand Bouddha peint au fond de la salle qui surplombe un autre, plus petit, lui-même au dessus d'un troisième . Au pied de ces Bouddhas, un vieux moine est assis, immobile. Je fais remarquer à Steph qu'il s'agit d'une vraie personne alors qu'il avait un doute lors d'une autre visite de temple. Il finit par convenir que j'avais raison, même s'il n'en revient pas.

Les murs sont rose foncé avec de jolies peintures de personnes assises sur des bateaux volants dont je prendrai des photos depuis l'extérieur par la fenêtre ouverte. Vers l'entrée, au milieu de ces décorations classiques sont également représentés Michael Jackson, Superman, Neo (K. Reaves) de Matrix, Batman, Angry birds, Sailor Moon, Daruma, Harry Potter, Freddy (Les griffes de la nuit), le World Trade Center pendant les attaques du 11 septembre, etc... Plus on se rapproche de Bouddha, plus on laisse derrière nous le monde réel et plus on se rapproche du monde spirituel.

Steph aperçoit au fond à droite, un homme, assis par terre en train de peindre sur une surface vierge. Je ne le vois qu'après être sortie par une porte du côté opposé à l'entrée restée ouverte, après avoir fait quelques photos de l'extérieur en faisant le tour du temple.

A l'arrière, nous trouvons d'autres bâtiments blancs, épurés . C'est assez zen mais je comprends un peu plus tard qu'ils sont voués à être aussi chargés que le temple.

Nous n'avons plus beaucoup de temps, je repars à droite et constate que des bâtiments sont en construction , plus ou moins cachés derrière de grandes bâches. Le site est appelé à s'aggrandir encore. En fait, l'oeuvre est prévue pour être terminée aux environs de 2070!

A gauche, une boutique minuscule vend des porte-bonheur que l'on retrouve disposés sur une sorte d'ombrelle géante et à côté, dans une sorte de mini-temple, des représentations de Bouddha descendent du plafond . Steph passe vite fait aux toilettes , joliment décorés de l'extérieur, le bâtiment étant presqu'entièrement doré, je n'avais pas vu qu'il s'agissait de toilettes. Nous rejoignons le mini-bus où le chauffeur distribue de petites bouteilles d'eau qui sont les bienvenues.

Nous partons pour le Mékong où le guide nous annonce qu'un tour en bateau dans le triangle d'or est disponible pour 300 ฿ par personne. Nous ne comprenons pas bien au départ mais le bateau accostera au Laos à Don Soa. Ce n'est qu'une fois le billet du bateau acheté que l'on apprend qu'il faut payer 30 ฿ supplémentaires pour les formalités douanières.

Le tour en bateau est assez rapide (20 minutes) avant l'accostage au Laos. Je repère la guide d'un autre groupe de Chang Mai que notre guide nous présente comme la spécialiste du whisky, je crois bien que c'est elle qui m'a parlé des oeufs de cent ans à Doi Inthanon. Nous voyons une statue de Bouddha sur un faux bateau à quai , contournons une île qui n'appartient ni à la Thaïlande, ni au Laos, ni à la Birmanie. C'est sur cette île (le no man's land) que se faisait l'échange de l'opium contre l'or (1kg d'opium = 1kg d'or).

Nous accostons ensuite au Laos après avoir passé près d'un casino surmonté d'une couronne . La guide spécialiste du whisky nous décrit les différents types de ce breuvage : celui avec une tortue qui baigne dedans, celui avec des scorpions, un serpent ou encore le pénis d'un tigre censé donner de la vigueur aux hommes. Quelques personnes y goûtent et bizarrement, les hommes choisissent le dernier mélange. Steph, par égard vis-à-vis tigre, décide de ne pas y goûter.

L'échoppe propose différentes tailles de bouteille, des cigarettes, des T-shirt "Lacoste" ou encore des cartes postales. Steph en achète deux avec les timbres pour s'en envoyer une ainsi qu'à ses parents. Après l'avoir rapidement écrite, nous les postons et le guide nous tamponne nos passeports avec un encreur représentnt le triangle d'or. Il nous donne également un papier avec les tampons officiels d'entrée et de sortie du Laos.

D'autres commerces attendent le touriste avec des sacs ou des portefeuilles de contrefaçon ou bien des articles plus traditionnels: écharpes, objets en bois...

Nous repartons ensuite vers le bateau, traversons la passerelle d'acier qui a vu passer des milliers de touristes, le petit ponton ne supportant pas le poids de plus de dix personnes à la fois (ou alors il prend l'eau) et remontons sur le bateau de bois en enjambant sur le côté pour monter à bord. Le bateau a vécu mais il est toutefois équipé de gilets de sauvetage.

Des enfants se regroupent autour du bateau et se mettent à scander les mêmes mots d'un voix traînante afin de quémander de l'argent. Ensuite, le bateau s'en va et nous revenons rapidement à notre point de départ où nous retrouvons le reste du groupe qui n'était pas venu.

Puis nous partons au restaurant où l'on a accès à un buffet à volonté. Nous emmenons avec nous la bouteille que nous avait donné le chauffeur et nous nous servons : riz birman, soupe de nouilles ou nouilles sautées préparées devant nous, soupe de maïs, poulet au curry, pancake thai (mini blancs d'oeuf sur le plat). Différentes origines sont représentées dans ce buffet: thaïlandaise, chinoise et birmane. Après un genre de pomme et de la pastèque, je prends un thé pendant que Steph se lave les dents rapidement.

Puis nous repartons, pressés par le guide, et nous arrêtons à Mae Sai, petite ville à la frontière birmane . Nous passons près du bureau de l'Immigration marquant la frontière que nous ne franchirons pas car il faudrait payer 500 ฿ pour la demi-heure de libre que nous avons. Nous le dépassons tout de même car après les contrôles se trouve un pont surélevé et la rue princpale se divise autour de ce pont.

Nous voyons des mini ananas et des marrons chauds sur un lit de grains noirs. Les marrons ne me font pas envie, même si ici aussi c'est l'hiver, il ne fait pas assez froid pour moi (32° à l'ombre l'après-midi!). Nous faisons demi-tour après qu'un homme nous a indiqué le Wat Phra That Doi que nous conseille mon guide. Il est censé être dans la prochaine rue à droite mais elle est assez loin. Nous passons dans une ruelle commerçante recouverte de bâches, ce qui me rappelle le bazar d'Izmir. Nous trouvons alors un premier temple bouddhiste qui me semble bien bas sur la colline pour bénéficier d'une vue dégagée. Après une visite rapide, nous continuons de monter et apercevons une très grande montée d'escaliers avec une grosse statue de Bouddha en bas à gauche.

L'ascension ne se fait pas sans pauses et lorsque nous arrivons au sommet, la vue est loin d'être dégagée . Plein d'arbres nous bouchent la vue, c'est un peu décevant. Nous faisons le tour de ce temple en plein air (et Steph oublie d'enlever ses chaussures, du coup) où trône un petit bâtiment doré en son centre. Non loin, nous voyons sous un arbre une statue de Bouddha avec ses disciples . Sur la droite, une allée mène à de nombreux sanctuaires et chose surprenante, à une sculpture géante de scorpion .

Je fais le tour, regarde ma montre et constate qu'il se fait tard. Il faut rejoindre le mini-bus. J'appelle Steph qui est parti seul de son côté faire des photos ... Pas de réponse! J'attends encore une minute ou deux et l'appelle plus fort... Il finit par arriver enfin. Nous descendons rapidement et cherchons le mini-bus... Entre les commerçants sur le trottoir, les touristes et les mini-bus sur la route, il est difficile de les retrouver. En traversant pour prendre une photo de la frontière birmane sur le terre plein central, nous voyons les passagères avec qui nous avons mangé à midi et qui nous ont laissé leur place à bord nous faire signe.

Nous repartons pour 45 minutes de trajet avant de s'arrêter dans un autre village Karen. En passant, nous voyons un groupe de touristes réunis sous une sorte de tonnelle et un autre groupe arrive en même tems que nous. C'est le groupe qui nous suit depuis le Mékong, je reconnais leur guide "spécialiste" du whisky.

Notre guide ne nous a pas expliqué grand chose aujourd'hui, il dit un peu plus de choses cette fois, mais il faut le suivre car il ne parle qu'à deux ou trois personnes et pas au groupe complet. Le village a également ses échoppes et on sent comme une pression pour acheter leurs produits. Notre guide nous explique que ces tribus dépendent du tourisme pour vivre et fait la distinction entre les tenues des différentes ethnies. Une vieille femme nous montre comment elle fait sa chique locale, elle met du tabac dans une feuille d'arbre repliée avant de la mâcher mais elle ne sait pas parler thaïlandais car elle n'est pas allée à l'école d'après notre guide. Il y a beaucoup d'enfants avec les femmes, ils vont normalement à l'école mais sont présents les week end et pendant les vacances.

Nous sommes proches des "Long Necks", mais nous n'irons pas les voir, ça ne fait pas partie de notre excursion. De plus, nous avons bien senti la pression touristique et le côté "zoo humain" nous dérange un peu. Après avoir acheté deux colliers, nous revenons vers le mini-bus pour repartir à Chiang Mai et ce faisant, nous passons sous un portail en bois où sont posés deux morceaux de bois représentant un homme et une femme aux organes génitaux démesurés qui rappellent la croyance akha selon laquelle le monde des esprits exècre la sexualité humaine.

Le mini-bus s'arrête à une station service pour faire le plein et nous en profitons pour prendre quelques trucs à manger car il nous reste encore 2h30 de route, avec une arrivée prévue vers 20h, mais nous nous méfions, la veille nous étions arrivés avec plus d'une demi-heure de retard. Nous n'avons pas encore faim, mais ça viendra un peu plus tard dans le mini-bus où nous mangerons ce que nous avons acheté (brioches chinoises, petites saucisses enrobées dans de la pâte, galettes fourrées aux haricots rouges et bananes séchées au chocolat).

Nous reprenons nos places à l'arrière après avoir insisté auprès des deux femmes qui avaient échangé leur place, je le sentirai au niveau du dos en arrivant à Chang Mai. Le mini-bus s'arrête à un moment et je vois le chauffeur descendre et aller au bord de la route. Je l'imagine malade ou bien victime d'une envie pressante. Je le vois se mettre de l'eau sur la tête et je me demande s'il ne s'endormait pas au volant, rassurant!

Une fois à Chang Mai, le guide propose de laisser ceux qui le voudraient sur la Sunday Walking Street. Ce n'est pas notre cas, nous partons le lendemain et nous y avons déjà déambulé la veille.

Nous redescendons l'artère principale, celle qui forme un carré autour de la vieille ville, pour aller au 7-eleven acheter de quoi manger dans le train le lendemain. Il n'y a pas grand chose à la supérette, nous achetons donc dans la rue une grosse grappe de petites bananes pour 40 ฿ et rentrons à l'hôtel où les vêtements que nous avions laissés à laver nous attendaient sur un cintre dans notre chambre, comme me l'avait confirmé notre hôte par téléphone lorsque j'avais appelé depuis la station service.

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