Récit de voyage
Grasse matinée à l'horizon, l'hôtel étant vraiment au calme, seuls les grillons rompaient le silence, ça change considérablement des bruits de klaxon, nous avons bien dormi. Je me réveille vers 9h30 (j'avais quand même fait une grosse sieste la veille). Je me prépare pour la douche, tourne le robinet d'eau chaude, au lieu de devenir de plus en plus chaude, l'eau devient de plus en plus glacée, j'ai même l'impression qu'elle est plus froide que l'eau froide. Bon, c'est raté pour la douche chaude. J'attendrai que Sab se réveille et me prête un de ses gants pour faire un brin de toilette.
Nous partons déjeûner. Nous nous sommes installés sur la terrasse (?) et voyons des oiseaux picorer et un écureuil rôder.
Oeufs durs, sandwich au fromage et thé noir pour Sab, moi ce sera
plus dîner avec une soupe à la tomate et toujours du riz frit. Un
petit moment d'inquiétude lorsque la soupe arrive, est-elle vraiment
chaude ou vraiment épicée, j'ai en effet demandé really hot
ce
qui peut être interprété de façon ambigüe. Bon, à priori, ils ont
l'habitude des touristes car par défaut tous les plats proposés ne
sont pas épicés. La soupe arrive, le bol a l'air chaud et la soupe
n'arrache pas. Comme la veille, je me contenterai d'une demi-portion
de riz.
J'ai reussi à faire peur à Sab qui fait attention avec ses oeufs, mais ils sont bien cuits.
Nous demandons l'addition, et nous avons l'ensemble pour le
check-out (chambre 600 ₹, repas de la veille 130 ₹, et
petit-déjeûner). Nous terminons les valises, les porteurs attendent
derrière la porte et partons, le chauffeur est surpris de nous voir si
tôt, il nous avait dit en effet vers 12h, il est juste un peu plus de
11h, mais no problems
, nous partons pour le temple Jain. Une fois
garé, le chauffeur rencontre confrère, celui-ci nous dit de retirer
nos ceintures car le cuir est interdit à l'interieur du temple, et
même la banane de Sab en faux cuir car ça risque d'être compliqué à
expliquer.
Nous approchons du guichet et demandons des tickets. Une seule
réponse revenez dans 20 minutes
. A priori le temple n'ouvre
qu'à midi aux touristes, ce n'est tellement pas bien indiqué qu'un
acolyte du guichetier va essayer de monter les horaires sur le panneau
au couple suivant qui s'offusque d'une réponse si sibilline en
montrant tous les endroits sauf le bon.
Il fait chaud, nous avons repéré un petit coin à l'ombre près de l'endroit où poser les chaussures, je fais un petit tour à l'extérieur, on peut déjà s'apercevoir que le temple est finement sculpté avec de nombreux détails. Je me dis que le téléobjectif aurait été pas mal. Je repars donc à la voiture les chercher. Je vois la voiture mais pas le chauffeur, je fais le tour, rien. Soudain le chauffeur sort, je m'étais trompé de voiture. Je récupère le matériel et suit ses conseils et prend une bouteille d'eau avec moi. Manque de chance, l'eau n'est pas autorisée non plus dans le temple, on la laissera à côté des chaussures.
Je pars explorer le côté du temple, puis Sab fera de même.
Ca y est, le guichet ouvre. Entre temps un groupe de francais s'est installé juste devant nous, nous en provitons pour écouter les commentaires avant de partir prendre les billets (200 ₹ x 2) et le permis de photographier (100 ₹ x 2). Je fais remarquer à Sab qu'il y a également une option téléphone portable, elle me dit non c'est bon, on a déjà le permis photo.
Nous passons la sécurité: fouille des sacs et palpations des
poches... portable détecté... pas possible de rentrer avec on n'a pas
le ticket. Sab qui en a marre de payer pour tout (et surtout de la
règle du c'est interdit mais si vous payez, ça vous donne le droit
),
décide d'y aller à tour de rôle.
Dommage, car en fait le temple est très grand et magnifiquement
sculpté. Dans une des salles, un des piliers n'est pas droit, un
défaut
de construction, fait pour rappeler que rien n'est
parfait.
L'audio guide nous explique la philosophie Jain, tout être vivant est sacré du plus grand au plus petit (y compris le microbe) et moi forcément, je pense à mes petits E.Coli ou autres variantes que j'ai exterminé par millions à coup d'antibio, je l'avoue, sans le moindre remors.
On apprendra également que Gandhi faisait partie d'une famille Jain, ce qui explique sa demarche non violente pour l'indépendance de l'Inde.
Au moment de sortir, un homme me demande de prendre en photo (avec mon appareil) une indienne (son amie?). Si ça peut lui faire plaisir, je fais la photo, qu'ils ne verront pas et n'auront pas. Ca doit être pour le geste. Je sors, Sab attend son tour. Elle rentre, je prends sa place à l'ombre. Ombre qui diminue et fur et à mesure et me force à trouver un autre endroit.
45min après Sab ressort, un point jaune sur le front, elle s'est faite bénir et devant les nombreuses promesses faites (qu'elle a à moitié comprises parce que l'homme lui parlait en même temps que l'audioguide) elle laisse 100 ₹ en offrande, si ca peut conjurer le mauvais karma... Audioguide qu'elle abandonne en cours de route, elle n'arrive pas à suivre les commentaires en même temps qu'elle admire le lieu et qu'elle fait des photos.
Nous visitons ensuite le petit temple à côté, à priori fait par les ouvriers lors de la construction du premier. Sur celui-ci, pas de drapeau qui flotte, ce qui veut dire qu'il n'est pas en activité. Le drapeau permet aux Jains de repérer de loin si le temple est en activité et ne de pas perdre son temps en allant vers des temples où le culte n'est pas célébré.
Là encore, il est finement sculpté, normalement il y a des scultures cochonnes, mais j'ai oublié de les chercher.
Fin de la visite, nous remettons nos chaussures et repartons à la voiture, direction Udaipur.
Nous nous installons, le chauffeur demarre, nous commençons à ranger nos affaires car nous avions laisse nos sacs. Soudain, Sab ne voit pas son appareil photo. Il doit certainement être quelque part... Rien. Oups, elle l'a laissé par terre en remettant ses chaussures et a oublié de le reprendre!! Elle le dit au chauffeur qui fait tout de suite demi-tour et nous amène devant le petit temple.... rien!! Il demande en hindi à l'agent de securité, celui-ci l'a retrouvé, il faut aller le chercher à l'accueil (??). Le chauffeur nous dit de laisser un tip à l'agent.
Sab va récuper sont appareil, après avoir encore enlevé ses chaussures, elle rentre dans une salle où quatre ou cinq hommes sont alignés, chacun assis par terre devant une petite table. Elle voit son appareil derrière un des hommes, le montre et l'homme lui demande s'il y a une photo d'elle dessus. Elle hésite et se rappelle qu'on en a pris de nous avec son appareil. Je lui ferai remarquer un peu plus tard que de toute façon, elle a rentré son nom dans l'appareil, mais elle n'y pensait plus sur le moment.
Je suis resté dans la voiture, l'agent me dis que c'est son equipe qui a trouvé l'appareil et qu'il veut son pourboire, je lui réponds que c'est Sab qui s'en occupera (je ne sais pas trop s'il l'a déjà eu ou pas). Puis elle revient, elle lui donne 100 ₹ de pourboire.
Cette fois-ci c'est parti. Le chauffeur nous demande peu de temps après si nous voulons manger ou prendre un thé. Personnellement, nous n'avons pas faim, mais s'il veut manger, nous prendrons à boire. Sab prend du coca, je reste sur la bouteille d'eau. Nous repartons ensuite, la route est sineuse, c'est une route de montagne ou de nombreux singes sont sur le bord ou même au milieu, la famille au complet.
Quelques clignements d'yeux (et un morceau d'autoroute) plus tard, nous arrivons à Udaipur.
Peu de temps après être parti du temple Jain, le chauffeur nous avait proposé un hôtel, le Govindam Resort (près du city palace). Sab en avait repéré un aussi aux abords du lac. Finalement, nous irons voir celui du chauffeur. Il nous semble plus loin que celui de Sab, mais j'ai envie d'aller aux toilettes... Nous le prenons. Nous réaliserons qu'en fait, il est vraiment aux portes du city palace, le seul point en moins par rapport à celui repéré sur le lonely, c'est qu'il ne donne pas directement sur le lac, mais bon...
Nous réfléchissons ensuite sur combien laisser de pourboire au chauffeur. C'est difficile de se faire une idée. Sur internet, on trouve de tout: de 100 ₹ par jour à 400 ₹ par jour et par personne, ce qui nous parait demesuré par rapport au coût de la vie. Sab envoie un mail à Laure, la nièce d'une amie de sa grand-mère. Elle vit à Delhi et pourra peut-être nous renseigner.
Nous partons manger, nous voyons une affiche pour le O'Zen restaurant, listé dans le lonely, il a du wifi gratuit, nous repartons chercher l'ordi. Le O'zen est bien fléché, heureusement, car sinon il est introuvable. Nous jetons un coup d'oeil au toit terrasse et décidons de manger en salle, plus eclairée. Le serveur a installé un video projecteur et c'est un James Bond, Octopussy qui est projeté. Le film se passe en Inde. Sab commande une pizza et moi du riz simple, je lui piquerais un tout petit bout de pizza pour parfumer mon riz que je ne finis pas. Je lui propose du riz, réponse: ah non!
Nous retournons ensuite à l'hôtel.
Sab téléphone à sa mère. Moi j'essayerais mais sans grand succès, le WiFi n'est pas assez stable pour ça, même depuis le toit-terrasse.
Après le coup de fil, Sab vérifie son mail (elle capte un tout petit peu le wifi dans un coin de la chambre) et voit que Laure lui a répondu, il faut compter entre 200 ₹ et 450 ₹ par jour selon si le chauffeur a été accomodant, sympathique, s'il conduisait bien... Le wifi se coupe, elle veut renvoyer un mail alors elle sort. Elle comptait aller sur la terrasse mais finalement, elle capte assez sur les marches des escaliers. Elle recroise alors le chauffeur qui lui demande si on a encore besoin de lui, sinon il veut bien rentrer voir sa famille pendant deux jours avant de repartir pour un autre voyage au Rajasthan. Il s'occupe de nous prendre un taxi pour l'aéroport.
Elle vient me consulter, on se met alors d'accord pour lui donner
2000 ₹ qui nous semble un bon compromis. Pour ce pourboire là, même
s'il ne le dit pas franchement, ça l'embête de payer le taxi pour
l'aéroport. Il a un peu bu, raconte qu'il a un salaire de 3000 ₹ par
mois, qu'il achète une maison (ou la fait construire, il n'articule
pas bien et Sab a parfois un peu de difficiculté à le suivre), c'est
dur pour lui. Il se fait de l'argent grâce aux commissions (20% au
dessus de 1000 ₹) mais qu'il veut être un bon chauffeur pour qu'on soit
content de lui et qu'on lui donne un bon pourboire. Qu'il ne nous a
amené dans aucun magasin (il faut le reconnaître, ça changeait après
le chauffeur d'Agra qui ne nous demandait même pas et qui nous y
amenait directement). Il aura 37 ans cette année (il est de 1977). Il
lui montre des photos de sa famille, dit que sa fille (7 ans) est
proche de lui et son fils (10 ans) plus proche de sa femme avec qui il
se dispute parfois à cause de l'alcool. Il lui avoue ensuite après une
conversation sur quelles agences nous avions été voir que son frère
travaille à Saga Tours et que celui-ci nous a décrit quand il a parlé
de son voyage au Rajasthan. Le monde est petit! Il devait savoir ce
que nous avions dit à son frère et après coup, je me dis que lorsqu'il
nous a déposé au fort d'ambre, le guide qui nous a fait la visite et
qui bizarrement se demandait lequel de nous deux travaillait dans
l'informatique avait dû être briefé par le chauffeur. Sab a un peu
pitié de lui, après son deuxième if you're happy, I'm happy
, guest
is my God
, elle lui dit que nous payerons le taxi pour l'aéroport et
lui souhaite une bonne nuit tout en lui disant de ne pas abuser du
whisky.
Elle rentre dans la chambre mais est obligée d'aller aux toilettes six ou huit fois à la suite. Je suis un peu son canarie des mineurs, comme j'ai eu une tourista il y a peu, elle ne traîne pas et prend une dose d'antibiotiques.
Je compatis et je lui souhaite malgré tout une bonne nuit.
