Si le chauffeur des derniers jours arrivait au moins 20 minutes avant l'heure prévue, ce n'est pas le cas de celui-ci. Il arrive pile-poil à l'heure.
Il parle très bien anglais et nous donne plein d'explications sur la vie balinaise,
que ce soit de sa propre initiative ou à la suite d'une des nombreuses questions que
je poserai tout au long de la journée. Il nous demande où nous étions avant et nous explique
qu'à Kuta, la plupart des gens ne sont pas de vrais balinais et donc
arnaquent souvent sans scrupule alors qu'à Ubud, 95% de la population
est originaire d'Ubud et que donc s'ils s'amusent à faire des mauvaises
choses, ça se sait dans tout le village. Il nous explique ensuite que le rituel tous les
jours est d'offrir aux dieux du riz tous les matins et des fleurs deux fois par jour: avant
de travailler et quand la journée de travail est finie. Quant aux fruits, ils sont offerts
lors d'une cérémonie au temple ou une célébration. Au temple, le prêtre
béni cinq fois les
gens à la fin de la cérémonie et leur donne du riz pour qu'ils se le collent au front. Il bénit
aussi la tour de fruits et une fois la cérémonie finie, les gens les ramènent chez eux et les mangent en famille.
Le chauffeur, qui s'appelle Pudu comme l'un des enfants croisés chez Jiwa, nous explique également que chaque famille a un temple dans son jardin, toujours situé au Nord-Est de la maison, que chaque village a au moins trois temples, un pour chaque déité: Vishnu le dieu stabilisateur, Brahma le dieu créateur et Shiva le dieu destructeur. Certains sanctuaires sont en outre ouverts à tous sans aucune distinction, comme les six temples publics appelés Kahyangan Jagat: Uluwatu, Goa Lawah, Lempuyang, Batukarau, Besakih, Pusering Jagat (Penjeng). Ils sont visités chaque année par de nombreux touristes mais aussi par de nombreux croyants venus des quatre coins de Bali et d’ailleurs.
Je demande également si le port du sarong est toujours d'actualité, notamment pour les jeunes générations et
il me répond qu'en dehors du temple, les jeunes s'habillent généralement à l'occidentale
. C'est surtout
les anciens qui les portent en toute occasion (bien que nous en ayons vu, certes pas des ados, mais des personnes
assez jeunes, dans les 30-40 ans en porter). Il nous explique aussi qu'il y a un code couleur pour les sarongs:
le blanc ou le jaune pour aller au temple, le noir pour des funérailles, du noir et blanc pour la sécurité du
village et des motifs batik pour aller à une réunion de village.
J'ai lu que la crémation est une cérémonie extrêmement chère et que pour partager les frais, les villages
organisent tous les cinq ans des crémations collectives. Tous ceux qui ne peuvent payer une crémation individuelle
choisissent cette option. En attendant la prochaine crémation de village, les morts sont enterrés dans un cimetière
provisoire
qui n'est jamais plein puisque tous les cinq ans maximum, il est vidé, morts récents ou plus anciens,
pas de distinction. Je demande ce qui coûte cher dans cette cérémonie. Pudu nous répond qu'il y a
3 gros postes de dépenses dans la vie balinaise: le limage de dents (un des cinq rituels que tout balinais hindouiste
doit avoir effectué pour assurer la transition de son esprit de la naissance jusqu’à la mort et plus tard la réincarnation),
le mariage et la crémation. La préparation à la cérémonie dure un mois durant laquelle des amis du village viennent
aider pour les préparatifs, des amis qu'il faut nourrir, faire boire... La cérémonie dure ensuite une semaine.
Après un coup de fil, il nous explique que c'est son fils qui l'appelle pour savoir s'il peut passer chercher
son cerf-volant, cadeau d'anniversaire, pour s'amuser avec ses amis. Il nous explique qu'ici, on fête son
anniversaire tous les 6 mois et qu'en général un poulet au barbecue et du riz brun sont une fête à eux seuls!
Je lui demande combien il a d'enfants, il me répond un seul, c'est bien suffisant. Je lui demande alors pourquoi
il dit ça comme ça et il exlique qu'ici si on a une fille, on essaye d'avoir un autre enfant jusqu'à avoir un
garçon si possible car le garçon restera toute sa vie avec sa famille, même quand il se mariera alors que les
filles iront dans la famille du marié. Si vraiment les parents n'arrivent pas à avoir de garçon, il faudra qu'une
des filles reste chez ses parents mais c'est compliqué car il faut que l'époux et ses parents y consentent. Il
nous explique également que si un couple n'arrive pas à avoir d'enfant, il y a plusieurs possibilités: soit
ils adoptent à l'orphelinat (et payent pour les soins octroyés jusque là à l'enfant), soit ils adoptent
un enfant de leur famille qui sera alors l'héritier de leur bien lors d'une cérémonie publique. Il semble
également que les hommes peuvent répudier
leur femme s'ils n'arivent pas à avoir d'enfant et cela
sans même passer des tests pour vérifier lequel à des difficultés. C'est ce qui est arrivé à la tante de
notre chauffeur qui est alors revenue vivre avec eux. Il nous explique également qu'il est mal vu d'être mère
célibataire et que si le fautif
ne se marie pas avec elle, il faut alors qu'elle se marie avec un parent,
son père ou avec le kriss (poignard maltais, mais j'avoue que le mot qui ressemble à Christ, me faisait penser
aux nonnes mariées à Jésus) lors d'une cérémonie religieuse.
Nous apprenons également que traditionnellement, la femme ne travaille pas. Si son mari est agriculteur, elle va faire la récolte ou alors elle fait un petit boulot de temps en temps comme porter des choses sur un panier sur la tête mais guère plus. De nos jours, les jeunes générations veulent bien travailler mais de préférence dans un magasin ou comme serveuse pour un travail pas trop fatiguant (et parfois avec clim').
